Mothers' Voices: Charlotte de "Hello Maman", Paris, France (Interview en Français)


Je suis très heureuse de reprendre ma série d’interviews Mothers’ Voices que j’ai démarée en 2015 et ravie d’avoir Charlotte de Hello, Maman comme première invitée après une si longue pause.

Le but de ces interviews est de partager sur les joies et les défis de la maternité et d’entendre les voix de sagesse des mères de partout dans le monde. Elles sont toutes uniques, avec une histoire unique et elles élèvent leurs enfants à leur façon. Elles vivent dans différents pays et parfois elles déménagent d’un pays à l’autre. Elles ont peut-être fait des choix différents concernant leurs familles et l’éducation de leurs enfants. Mais elles ont toutes en commun l’amour pour leurs famille et la passion pour ce qu’elles font.

J’ai rencontré Charlotte sur Instagram et nous nous suivons réciproquement depuis un moment. J’aime beaucoup la sérénité avec laquelle Charlotte organise sa vie enfin de pouvoir instruire en famille son petit garçon et continuer son travail d’orthophoniste qui l’amène à dispenser des formations dans toute la France. Dans cette interview, nous parlons de comment ell arrive à gérer “homeschooling” et “vie nomade”, comment l’instruction en famille fonctionne en France, les sources d’inspiration de Charlotte, comment elle prend soin d’elle en tant que maman et plein d’autres sujets.

 Photo: Charlott,  Hello Maman

Photo: Charlott, Hello Maman

Peux-tu me parler un peu de toi et de ta famille ? Quelle est ton histoire ?

Je suis Charlotte, j’ai 34 ans, je suis française et vit tout près de Paris avec Aurèle, qui a 33 mois, et son papa Frédéric, 48 ans. Une semaine sur 2, les filles de Frédéric (11 et 12 ans) vivent également avec nous. Je suis orthophoniste depuis 10 ans, avec une pratique essentiellement libérale, et très orientée vers le handicap de l’enfant. Après la naissance d’Aurèle, j’ai arrêté le cabinet dont les horaires n’étaient pour moi pas compatibles avec un bébé. J’ai poursuivi les formations que j’avais commencé à dispenser, qui s’adressent aux orthophonistes et aux équipes des structures qui accueillent des personnes avec handicaps. Je me déplace dans la France entière, en emmenant Aurèle partout avec moi. Quand je ne travaille pas, nous passons nos journées ensemble, nous voyageons pour le plaisir, nous jouons, nous lisons, nous nous promenons... 

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Ton fils de presque 3 ans est instruit en famille. En France les enfants vont à l’école vers cet âge. Qu’est-ce qui vous a amené à prendre la décision de faire l’instruction dans la famille ? Combien de temps pensez-vous continuer ce type d’apprentissage ?

En effet, en France, l’école maternelle commence à 3 ans. Avant d’être enceinte, je ne pensais pas arrêter de travailler pour être “maman au foyer”, même si j’avais depuis longtemps des doutes sur les méthodes d’enseignement classiques. Pendant ma grossesse, je me suis formée à l’approche Montessori, j’ai commencé à lire beaucoup de livres et de blogs sur les pédagogies alternatives, les apprentissages autonomes. J’ai rencontré sur Instagram une communauté de “homeschooling mums”. Tout cela m’a confortée dans la décision qui s’est progressivement imposée à moi : d’une part je désirais autre chose que l’école classique, d’autre part j’avais envie d’être aux côtés de mon enfant, de lui proposer une enfance la plus libre possible. Nous en avons discuté avec le papa d’Aurèle, qui a décidé de me faire confiance même si lui est dans un schéma plutôt classique, et que, seul, il n’aurait jamais envisagé le homeschooling. Ainsi je ne me suis pas fixée de durée d’instruction en famille, nous verrons au fil des années si cela continue de convenir à notre famille.

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Quelle philosophies et méthodes d’apprentissage t’ont influencée dans l’aventure du « homeschooling » ? Où trouves-tu ton inspiration ?

Comme je disais je me suis formée à Montessori, qui a été mon point d’entrée dans le monde des pédagogies alternatives. L’aspect autonomie me plait particulièrement, puisque c’est un domaine que j’ai souhaité développé depuis qu’Aurèle est tout petit. Puis j’ai découvert Steiner Waldorf, que j’apprécie beaucoup pour le lien à la Terre, à la nature, et le travail signifiant des mains, ainsi que la pédagogie par projets. Récemment je me suis beaucoup documentée à la pédagogie Charlotte Mason, qui comporte également de nombreux aspects intéressants, dont l’omniprésence des livres et de la nature.

Plus généralement, je trouve que ces pédagogies font bien plus sens que les apprentissages tels qu’ils sont proposés à l’école classique, qui pour moi manquent de cohérence, de culture générale, de raisonnement logique autonome.

Je trouve la majorité de mon inspiration sur Instagram, qui est mon réseau social préféré. Je suis de nombreuses mamans très inspirantes, qui me conduisent à des articles de blogs, des ouvrages, des discussions passionnantes, des épisodes de podcasts, voire des formations en ligne.

 

A quel point est-il facile de faire du « homeschooling » en France ? Comment cela fonctionne ?

En France, l’école commence à 3 ans, mais l’instruction est obligatoire à partir de 6 ans. Cela signifie qu’à partir de 6 ans, les enfants doivent être instruits, mais la liberté réside dans le fait que cette instruction n’est pas nécessairement réalisée à l’école. Si les enfants ne vont pas à l’école, le gouvernement effectue un contrôle par an à partir de 6 ans, pour vérifier que les enfants reçoivent une instruction adaptée. Il est question de passer de 6 ans à 3 ans pour le début de l’instruction obligatoire. Cela ne changerait rien à notre choix, mais signifierait que les contrôles commenceraient plus tôt, ce qui est toujours vecteur de stress ! Les choix concernant les méthodes pédagogiques sont libres, et il existe aussi de nombreux cours par correspondance disponibles. Voilà pour le côté administratif. C’est néanmoins un choix qui est encore peu fait par les familles en France, et qui est donc assez méconnu du grand public. Et qui dit méconnaissance dit bien souvent jugement de ce qui est différent… Il faut donc sans cesse expliquer que oui, l’instruction en famille est légal, oui Aurèle est socialisé, non nous ne faisons pas ça pour le couper du monde, etc.

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Quelles sont les défis et le cadeau le plus précieux de l’instruction en famille ?

Nous ne sommes qu’au tout début de notre voyage en instruction en famille.

Le plus beau cadeau de notre choix de vie est bien sûr le fait d’être aux cotés de mon fils, d’assister à tous ses moments d’émerveillement, tous ses nouveaux apprentissages, lui permettre de se lever à l’heure qui désire, de prendre son temps, d’avoir le maximum d’autonomie. S’il lui faut par exemple 10 minutes pour s’habiller, nous avons le loisir de prendre ce temps. J’apprécie énormément de suivre ses intérêts, et de lui permettre d’apprendre à son rythme, sur les sujets qu’il choisit. Récemment il s’est passionné pour les dinosaures. Nous avons donc pu aller choisir des livres sur ce sujet à la bibliothèque, aller au musée, prendre le temps d’en parler, jouer avec les figurines de dinosaures…

Je suis tellement heureuse d’avoir pu faire ce choix que je ne rencontre pas particulièrement de défi pour le moment. J’ai conscience du luxe que j'ai de pouvoir adapter mon travail pour être au maximum avec Aurèle. Je sais que de nombreuses mamans aimeraient faire l’instruction famille mais qu’elles n’ont en pas la possibilité, et je me considère donc comme très chanceuse !

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Tu as aussi d’autres projets qui te passionnent. Parle-moi en un peu.

Pour le moment, mon activité rémunérée principale est mon travail de formatrice. J’ai cependant plusieurs projets, en rapport avec le blog : du coaching et des formations pour les parents autour des thèmes de la simplicité et du rythme, un magazine parlant d’éducation alternative dont le premier numéro sort le jour de l’automne, des ateliers dans des boutiques…

 

Comment tu trouves l’équilibre ? Comment fais-tu pour concilier l’instruction en famille et les voyages pour ton travail ?

L’équilibre est difficile à trouver car j’ai beaucoup d’envies différentes, mais peu de temps pour les réaliser. Et je ne souhaite pas qu’Aurèle souffre de mon manque de disponibilité. Je prends donc les choses une par une, et, chose difficile pour moi, j’attends d’avoir bien réfléchi aux conséquences avant de me lancer !

Nous partons souvent 5-6 jours, pendant lesquels je travaille 3 jours. Les jours où je m’absente, Aurèle est avec un(e) baby sitter que je recrute par internet ou par recommandations de connaissances. Les autres jours, nous en profitons pour découvrir la ville et les environs, nous promener, ou simplement jouer, cuisiner, lire, discuter, comme nous le ferions à la maison. Je dis souvent que la maison c’est où nous sommes, lui et moi. Peu importe l’environnement matériel, tant que l’environnement affectif est serein et comble ses besoins, au niveau des apprentissages, du sommeil, du rythme,...

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Nous avons toutes et tous entendu cette phrase « il faut un village pour élever un enfant » mais aujourd’hui, la plupart d’entre nous élevons nos enfants dans des familles nucléaires et non en communauté. Quels sont tes défis en tant que mère ? Qu’est-ce qui te donne de la force ?

Ce que je trouve merveilleux dans la liberté de l’instruction en famille, c’est le temps. Nous prenons le temps de discuter avec les commerçants du quartier, le jardinier du parc, les personnes rencontrées dans le train. Nous avons le temps d’aller rencontrer des amis et visiter la famille. Finalement, Aurèle rencontre beaucoup plus de personnes, d’horizons variés, que s’il était scolarisé. L’aspect difficile sont les questionnements autour de la non scolarisation, de la part de personnes qui ne connaissent pas ou ont un a priori négatif. Mais j’ai appris à n’écouter que moi, et l’épanouissement de mon fils est ma plus grande force. Mon village, ce sont les mamans qui m’entourent, qui viennent du monde entier par la magie d’internet, et me confortent chaque jour dans l’idée que nous faisons ce qu’il faut pour nos enfants, même si nous ne suivons pas une route tracée à l’avance.

 

Nous parlons aussi beaucoup en ce moment de « self-care », prendre soin de soi. Toutes les mères disent que cela est important et elles rajoutent souvent « .. mais je n’ai pas le temps », « .. mais je n’y arrive pas très bien ». Je crois personnellement qu’au delà de prendre soin de soi, il s’agit surtout d’être « nourrie » par des choses qui nous font du bien. A quoi cela ressemble-t-il pour toi ? Qu’est-ce qui te « nourrit » ?   

Aurèle commençant à jouer seul, j’arrive à caser 30 à 45 minutes de yoga dans la matinée de façon quasi quotidienne. Si ce n’est pas le matin car nous devons sortir ou je travaille, c’est au moment de sa sieste voire même dans la soirée. Je ne ressens pas particulièrement de manque de temps pour moi : je ne regarde pas la télévision, j’ai désinstallé l’application Facebook de mon téléphone, je prends toujours un livre quand nous allons au parc. Je choisis en conscience ce que je fais de mon temps libre. Aurèle s’endort vers 21h, et je ne me couche jamais avant minuit, ce qui me laisse du temps pour lire, travailler, ou regarder une série. Je me documente beaucoup sur la simplification, le minimalisme, le slow living, et j’en applique les principes, ce qui me permet de me libérer de l’espace mental au quotidien. Les voyages, même si je suis 24h/24 avec Aurèle, contribuent aussi beaucoup à me “nourrir”. La clé pour moi, c’est d’apprendre constamment, d’avoir toujours de nouveaux projets. Même si tous ne se réalisent pas, c’est une excellente dynamique.

 

Quel livre(s) ont eu le plus d’impact sur toi en tant que mère, en tant que femme ?

Les ouvrages de Maria Montessori, Simplicity Parenting (Parents tout simplement en français), Comment élever un enfant sauvage en ville, les apprentissages autonomes, l’art de la simplicité

 

Et au final, si tu devais te poser une question, quelle serait cette question ?

Question difficile ! 

Peut être celle ci : tu habites en ville, comment vis tu le manque de nature alors que tu es si inspirée par les pédagogies Steiner Waldorf et Charlotte Mason, qui prônent la connexion avec la nature au maximum ? Ma réponse : mal :-) j’aimerais beaucoup habiter à la campagne, ou du moins avoir un jardin, mais avec le prix des logements à Paris ce n’est pas possible. Peut-être déménager en province, nous y réfléchissons…

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Vous retrouverez Charlotte sur Instagram @_hellomaman Vous pouvez également suivre son blog qui offre plein d’inspiration www.hellomaman.fr